Comité Ecologique Ariégeois

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lundi 23 mars 2020

Réduire votre facture d’eau : un allié insoupçonné : LE CASTOR

D’après un certain nombre de documents consultables sur internet et sur des sites spécialisés, il apparaît assez clairement que le retour des castors sur nos cours d’eau pourrait avoir comme conséquence une réduction sensible des coûts des traitements pour rendre les eaux captées consommables par nous et des effets bénéfiques assez fort sur l’hydrologie des cours d’eau.

Non, le CEA n’a pas perdu la tête et nous ne sommes pas encore le 1er avril.

Sur votre facture d’eau vous trouvez le prix du m3 consommé qui contient aussi le prix de l’assainissement. Mais vous y trouvez aussi deux redevances pour l’Agence de l’Eau qui correspondent à la moitié du prix au m3.
Avec les redevances des agriculteurs à taux très faible pour les prélèvements d’eau et celles des industriels, ceci fournit le budget des Agences de l’Eau pour tout le territoire :
« Plafonnement des recettes des agences sur l’ensemble du programme (2013 -2018) à 13,8 Md€ (hors part de redevances pour pollutions diffuses reversée à l’ONEMA dans le cadre du plan Ecophyto et hors contribution au budget général de l’ONEMA) » ce qui nous fait une moyenne de 2,76 Md€ par année.
Actuellement l’agence de l’eau finance aussi le tout nouvel Office Français de la Biodiversité à hauteur de 332 millions d’euros par année.

Il existe un grand nombre de documents démontrant les effets des barrages de castors et de leur entretien des berges sur l’écrêtement des crues, le retardement et l’étalement des vagues de crues. Leurs barrages et les zones humides créés par eux retardent, voire empêchent les étiages sévères et les assecs [1].

Ce qui est moins connu est que les plans d’eau retenus par leurs barrages captent par sédimentation les molécules des pesticides adsorbés [2] sur les matières en suspension (sables fins, limons et argiles). La vie microbienne importante dans les sédiments des barrages de castors et la présence de plantes et racines subaquatiques favorisent largement la dégradation des pesticides et de leurs métabolites (produits de dégradation).

Aujourd’hui les agences de l‘eau financent des fossés plantés ou des mares en aval des parcelles agricoles afin de retenir les pesticides et les autres intrants agricoles et domestiques (phosphates, nitrates etc).
L’efficacité de ce processus repose surtout sur la durée de séjour de l’eau dans les fossés et mares. Plus les débits sont forts, moins c’est efficace. L’efficacité peut être augmentée en multipliant les mares les unes à la suite des autres. Mais ça peut vite devenir assez coûteux en travaux et entretien.

Le castor, lui le fait gratuitement en construisant de nombreux barrages sur les petits cours d’eau et en plus les entretient sans rien demander.

Dans la thèse de Céline GAULIER de 2018 : « Influence de l’hydraulique sur l’efficacité des Zones Tampons Végétalisées (ZTVA) à réduire les teneurs en pesticides et métabolites en sortie de drains agricoles ».
Page 164 :
Efficacité des ZTVA à réduire le flux de pesticides dissous et particulaire dans les eaux de drainage :

« Ces » résultats permettent donc de recommander la mise en œuvre de ZTVA de type mare plutôt que de type fossé pour réduire les teneurs en pesticides dans les eaux, en raison de sa (le fossé) capacité d’épuration des pesticides plus faible. »

Page 204 :
« - Prendre en considération la voie particulaire dans le transfert des pesticides
Tout d’abord, notre travail a mis en évidence que le transfert des pesticides par voie particulaire était non négligeable avec jusqu’à 10 fois plus de pesticides transportés sur les matières en suspension (MES) que par voie dissoute. Cela montre que la phase particulaire doit être prise en compte par les futures études concernant l’épuration des pesticides au sein des ZTVA . »

Dans : « Constructed Wetlands as a Mitigation Strategy to Reduce Pesticide Loads in Agricultural Tailwater by Robert Livingston Budd, 2009 » (Les zones humides artificielles comme stratégie de diminution de la charge de pesticides dans l’eau en aval des zones agricoles)
Wetland = zone humide, Inlet = entrée, outlet = sortie

N’ayant pas trouvé de travaux réalisés sur la retenue des pesticides dans les étangs de castors, nous nous sommes contentés des études ci-dessus (entre autres). Il est très probable qu’elles s’appliquent parfaitement aux barrages de castors.
Par contre la rétention de Matières en Suspension (MES) dans les barrages de castors est largement documentée, comme par exemple dans Allan Puttok : « Eurasian beaver activity increases water storage, attenuates flow and mitigates diffuse pollution from intensively-managed grasslands, 2017 » (L’activité des castors eurasiens augmente la retenue d’eau, atténue les inondations et diminue la pollution diffuse issue des zones de prairies à gestion intensive).
Ci-dessus la courbe bleue montre le flux entrant dans la zone à castors d’environ 1km contenant 13 barrages, la courbe rouge les volumes d’eau à la sortie. Le graphique en bas montre la charge des sédiments solides ± la charge dissoute. En bleu en amont de la zone à castors, en rouge en aval.

La présence de castors sur les petits cours d’eau en tête de bassins peut être un moyen puissant de dépollution des eaux en provenance des zones agricoles contenant des pesticides. Ces pesticides retenus et dégradés dans les barrages de castor ne viendront plus polluer les installations de prélèvement d’eau potable dans les eaux de surface ou en nappes alluviales.
Ceci pourra réduire fortement les coûts des traitements. Ils permettront peut-être aussi de consommer sans soucis l’eau de robinet à la place de boire de l’eau en bouteille plastique, beaucoup plus chère et polluante.

« Instruction du Gouvernement du 5 février 2020 relative à la protection des ressources en eau des captages prioritaires utilisés pour la production d’eau destinée à la consommation humaine

Si l’eau distribuée pour la consommation humaine est globalement de bonne qualité en France, grâce notamment aux traitements mis en place, les ressources en eau des captages sont encore trop souvent contaminées par les pollutions diffuses. Fermer des captages contaminés ou traiter l’eau ne constituent pas des solutions pertinentes. Le coût estimé du traitement induit par ces pollutions pour rendre l’eau potable est en effet compris entre 500 millions d’euros et 1 milliard d’euros par an. La priorité doit donc être donnée à la protection des captages. »

Vu les données fournies par l’Office National de la Biodiversité, l’épandage des pesticides n’est pas prêt de diminuer et ils se retrouveront forcément en partie dans l’eau.

Dans un énorme pavé de 357 pages : « Ingénierie écologique appliquée aux milieux aquatiques », édité par le Ministère de l’environnement et l’ONEMA (Office National de l’Eau et du Milieu Aquatique), le mot castor n’apparaît qu’une seule fois au tournant d’une phrase. Alors qu’il y est question un peu partout de favoriser les actions « avec le vivant » !!!
Dans le préambule de l’ouvrage : « Le présent ouvrage apporte aux décideurs de la gestion de l’eau et des milieux aquatiques, ainsi qu’à leurs conseillers, un cadre synthétique permettant de clarifier les concepts et les pratiques de cette nouvelle ingénierie pluridisciplinaire, travaillant pour et par le vivant. »
En page 23 : «  • En termes de moyens : il ne s’agit plus de viser une maîtrise complète des écosystèmes mais de développer une logique d’aménagement utilisant, avec sa part d’obscurité, la nature elle-même comme agent et levier d’action »
Des projets coûtant des centaines de milliers d’euros, voire plus sont donnés en exemple en annexe. Pour plusieurs d’entre eux, l’introduction ou la présence des castors et l’accompagnement de leur travail, aurait été probablement suffisant et en plus, gratuit. Mais à chaque fois de très coûteuses études et le recours aux techniques du BTP sont privilégiées.

Nous n’arrivons pas à nous empêcher de penser que la restauration des cours d’eau et des zones humides est devenue le pré carré des bureaux d’études et des entreprises du BTP. Vu les millions d’€ disponibles grâce à nos contributions obligatoires pour les Agences de l’Eau, ceci ne nous étonnerait pas...

Pourquoi faire compliqué et coûteux alors que le castor sait restaurer et entretenir comme personne d’autre les zones humides et les cours d’eau depuis des millions d’années. D’accord, là où nous ne laissons plus assez de place au cours d’eau (10 à 15m) il peut parfois causer quelques dégâts, minimes par rapport aux bénéfices qu’il nous apporte. En plus, des méthodes simples et éprouvées permettent de les en empêcher.
Ce sera le sujet d’un prochain article.


[1Assèchement temporaire d’un cours d’eau ou d’un tronçon de cours d’eau ou d’un plan d’eau

[2En chimie, l’adsorption est un phénomène de surface par lequel des atomes, des ions ou des molécules (adsorbats) se fixent sur une surface solide (adsorbant) depuis une phase gazeuse, liquide ou une solution solide

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