Comité Ecologique Ariégeois

Association départementale agréée de protection de l'environnement en Ariège

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vendredi 20 mars 2020

Un grand absent en Ariège : le Castor ! Le CEA et le Chabot proposent sa réintroduction...

Un animal très doué pour créer et préserver des zones humides et gérer les cours d’eau. Mais il sait faire bien plus que ça.

Et il y a un bon moment qu’il nous manque !

« Un cours d’eau sans Castor n’est pas un cours d’eau », Maurice Blanchet

Depuis des millions d’années le castor peuplait les cours d’eau de presque toute l’Europe et de l’Eurasie. En Ariège, des restes de Castor ont été retrouvés dans la grotte du Mas d’Azil au niveau de l’« Azilien » (environ 12 000 à 9 600 ans av. J-C ). Le village de Vèbre en Haute Ariège porte l’ancien nom celtique du castor. Mais vers 1850, le castor a disparu de presque toute l’Europe de l’Ouest.

Chassé, piégé, tué pour sa fourrure, sa viande et son castoréum (substance odorante et à usage médicinal, produite par une glande qui lui sert à délimiter son territoire) le castor a régressé d’ouest en est à partir du 12ème siècle pour être quasi-éradiqué au 18–19ème siècle. En France, seule une population relictuelle de moins de 40 individus a survécu dans le delta du Rhône.

En 1956-58, en Suisse, Maurice Blanchet, avec Robert Hainard entre autres, réalisa
une première ré-introduction de castors sur la rivière Versoix près de Genève, avec succès. Depuis, des lâchers ont été réalisés sur certains grands bassins hydrographiques en France comme en Europe. Ces réintroductions ainsi que la mise sous protection du castor ont permis à cette espèce de recoloniser progressivement les cours d’eau.

La carte ci-dessous montre les grands bassins fluviaux où la présence du castor a pu être identifiée : Rhône, Loire, Seine, Rhin. Par contre sur presque tout le bassin de la Garonne, de la Dordogne, de l’Adour et de l’Aude : RIEN, le VIDE !


Carte de répartition du Castor en France, ONCFS, 2017. Lignes en bleu foncé : limites des grands bassins versants.

ET SI NOUS CHANGIONS CELA ?

Le rêve bien vivant de revoir le Castor sur les rivières et cours d’eau de l’Ariège trotte depuis un bon moment dans la tête de plusieurs personnes de chez nous.

Pour essayer de passer de ce rêve à la réalité il a fallu trouver des informations, se documenter sur tout ce qui a pu être écrit (ou presque) sur le Castor d’Europe et le Castor canadien.

La lecture de documents provenant de la plupart des pays européens (très peu de la France) et d’Amérique du Nord nous a montré que la présence et les activités des castors sont d’une grande importance pour la vie, la santé et la biodiversité des cours d’eau malmenés par les activités humaines depuis un siècle et demi.

LE CASTOR, UN INGÉNIEUR HORS PAIR !

Le castor, plus grand rongeur d’Europe, est un animal strictement végétarien qui se nourrit de plantes herbacées pendant la belle saison, et d’écorces pendant l’hiver quand les plantes viennent à manquer.
Il habite un terrier creusé dans (ou une hutte posée sur) la berge et dont l’entrée doit toujours rester sous le niveau de l’eau pour se protéger des prédateurs (loup gris, ours, lynx et gros chiens). C’est pour cette raison, entre autre, que le castor peut construire des barrages lui permettant de retenir l’eau et ainsi assurer un niveau d’eau suffisant pour l’accès sous l’eau à son abri.

La construction de barrages par les castors et la création de plans d’eau et de zones humides associés ont des effets très favorables sur les cours d’eau.

HALTE AUX CRUES DÉVASTATRICES !

De très nombreuses études en Europe, Russie et Amérique du Nord attestent des effets significatifs et importants des barrages des castors sur l’écrêtement des pics de crue, sur l’étalement et le retardement de la vague de crue. Malheureusement il n’existe quasiment aucune étude sur ce sujet pour la France.
Les barrages de castors ont également des effets importants sur le stockage de masses d’eau sur de longues durées et sur la rétention de la charge sédimentaire par les barrages (70 % des sables, limons et argiles retenus par barrage). La conséquence est un moindre colmatage du lit du cours d’eau en aval des barrages de castors.
De plus, en rehaussant le niveau des cours d’eau, les barrages permettent une meilleure réalimentation des nappes alluviales et un rehaussement du toit des nappes phréatiques.
Enfin, les barrages de castors et les zones humides qu’ils créent, participent largement à une lente et régulière restitution des volumes d’eau retenus en amont pour limiter efficacement les effets néfastes dus aux étiages et asecs des cours d’eau en aval.

UNE ESPÈCE CLÉ POUR LA BIODIVERSITÉ DES MILIEUX AQUATIQUES

La présence de castors sur les cours d’eau entraîne une énorme démultiplication de la biodiversité aquatique et des zones humides. Cette « explosion » de biodiversité concerne tous les grands groupes : microbiens, végétaux, invertébrés, insectes, poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères.

En abattant parfois les arbres en bordure de l’eau, mais aussi en noyant et en faisant dépérir des arbres proches des berges, le castor ramène de la lumière vers le sol. Il favorise ainsi le développement de plantes héliophiles [1] et tout le cortège d’animaux qui y sont liés.

DES DÉGÂTS MINEURS

Le castor peut occasionnellement causer quelques dégâts en coupant des arbres isolés, des plantations de fruitiers ou peupliers à proximité des berges et en inondant temporairement des prairies et des cultures par ses barrages. Mais des méthodes de protection diverses et faciles à mettre en œuvre existent. En s’y prenant à temps et avec un peu de bonne volonté ces dégâts peuvent être évités.

RÉ-INTRODUCTION EN ARIÈGE

L’envie d’essayer de ré-introduire cette espèce autrefois présente en Ariège est née au sein du CEA qui s’en est ouvert au Chabot et aujourd’hui, un groupe de personnes du CEA, du Chabot et d’autres s’est constitué afin d’œuvrer à la réintroduction du Castor sur quelques cours d’eau en Ariège.
A travers ce projet, nous ne sommes pas seulement dans le plaisir partagé de pouvoir observer à nouveau une espèce éradiquée de chez nous, comme par exemple le bouquetin, mais dans l’urgence de réintroduire une espèce « ingénieur » et constructeur pouvant assurer gratuitement la sauvegarde et la reconstruction des écosystèmes des cours d’eau en nous offrant au passage des services importants, bénéfiques pour la société comme par exemple la gestion des crues et des étiages.

Pourtant, malgré le grand et beau discours sur la préservation urgente de la biodiversité et des zones humides et leurs restaurations, malgré l’obligation faite à la France par la Directive Cadre sur l’Eau d’atteindre le bon état physique et biologique des cours d’eau en 2015, malgré les sommes colossales dépensées pour essayer, en aval, de protéger des crues les infrastructures et constructions humaines, avec souvent peu d’effets, malgré les risques avérés de l’assèchement estival des cours d’eau suite au changement climatique, l’Office Français de la Biodiversité semble être opposé à ce projet. (voir ci-dessous)

Alors que le Castor, avec son activité et ses barrages, pourrait largement nous aider presque gratuitement à résoudre ces problèmes !

Nous sommes biens décidés à poursuivre ce projet ! À suivre.

Complément d’information au 1er mai 2020

Après avoir pu contacter des agents de l’OFB (Office Français de la Biodiversité) de l’Ariège et leur avoir exposé nos problèmes, nous avons reçu une réponse claire de leur part :

Dans le courrier du 7 novembre 2019, M. D’Escrienne vous informe qu’un projet de réintroduction de Castor n’est pas nécessaire dans un but de conservation de l’espèce. En effet, à l’échelle nationale, l’espèce se porte bien, presque tous les secteurs de présence sont en développement.
Vous avez bien identifié ce point et m’avez informé que vous envisagez votre projet par rapport aux effets bénéfiques que peut apporter le Castor sur l’écosystème (création de zones humides, limitation des crues...). Ce point est évoqué dans le courrier de M. D’Escrienne (3ème paragraphe).
Le rôle de notre établissement n’est pas de donner un avis sur votre projet. Si le projet est accepté par l’autorité administrative compétente (DREAL) nous vous invitons alors à revenir vers nous pour la mise en oeuvre.
Dans l’état actuel, je ne peux que vous inviter à préparer un dossier de réintroduction qui est à adresser à la DREAL.

Ci-dessous le paragraphe 3 : Ce monsieur était visiblement mal informé. Depuis l’année passée, après de longues préparations, un ambitieux programme de réintroduction de castors est en cours en Écosse, pays de Galles et Angleterre exactement pour les raisons évoquées ci-dessus.

Dans un courriel de la DREAL reçu par une personne du groupe castor celle-ci nous répond :

Je lui ai répondu en juin, il a ensuite contacté l’ONCFS deux fois, en mai et en septembre qui lui a répondu (d’Escrienne)par le courrier en PJ en novembre.

Je te laisse le lire, surtout le 3ème paragraphe qui me semble assez bon dans le registre du refus amical.

Depuis tous nos courriels, courriers ou appels téléphoniques auprès de la DREAL sont restés sans réponse !

Nous allons vous proposer par la suite d’autres articles afin d’approfondir nos connaissances sur le castor, cet animal fascinant.

(1) Maurice Blanchet est l’auteur d’un livre remarquable : « Le Castor et son royaume » édité par Delachaux-Niestlé en 1994

***

Notre rubrique CASTOR comporte 5 articles sur cet animal disparu d’Ariège. Si vous vous intéressez à cette réintroduction possible, nous vous convions à les lire :
LE CASTOR DONNE LA PÊCHE AUX POISSONS
Un grand absent en Ariège : le Castor ! Le CEA et le Chabot proposent sa réintroduction...
Réduire votre facture d’eau : un allié insoupçonné : LE CASTOR
Le Castor, un Bandit honnête ?
Un magicien d’eau : le Castor !


[1qui aiment l’ensoleillement

Messages

  • N’est ce pas dangereux de mettre des castors dans des rivières polluées au métaux lourds. Résidus miniers du Bocard à Sentein ou de Salau et des autres innombrables mines de l’Ariège ?

  • Bonjour Observateur,
    A part une observation non vérifiée, mais citée dans quelques travaux scientifique, d’une intoxication au Cadmium en Estonie, il semble que le castor est très peu sensible à la pollution des cours d’eau. L’essentiel de sa nourriture provient de la végétation des berges qui n’est pas en contact direct avec l’eau, sauf pour les racines de certaines plantes ou arbres qu’il ne consomme pas. Il consomme les rhizomes de nénuphars, d’iris jaune et de trèfle d’eau, mais il les mange hors de l’eau.
    On peut imaginer qu’une nappe de mazout peut lui poser des problèmes pour l’étanchéité se sa fourrure.
    Le castor colonise surtout les cours d’eau à courant lent de la plaine et des collines. Quand les bons territoires sont tous occupé, il peut tenter de s’installer sur des petits cours d’eau plus pentus, plus torrentiels avec des taux de réussite assez faibles. Il y a peu de chances de le voir un jour débarquer à Seintein ou à Salau, ou alors dans très longtemps..

  • Donc des castors, mais pas de carrières, pas d’exploitations minières, pas d’usines, plus d’élevage avec la réintroduction et le développement des ours. Et bientôt plus d’humains dans le Haut-Couserans. Tous à la ville et au RSA

    • Cher Local,
      Merci tout d’abord pour votre réaction, cela fait toujours plaisir de voir que des sujets qui nous tiennent à cœur recoivent un échos chez nos lecteurs, en dépit du fait que votre commentaire est entièrement négatif à notre encontre.
      Le castor, les ours, les loups, le Grand Tétras, les Isards etc..., en résumé la faune sauvage fait partie de ce qu’on appelle la biodiversité. Vous n’êtes pas sans savoir que celle-ci est en grand danger d’effondrement et que dans ce cas elle entraînerait également notre disparition à nous les humains. l’enjeu aujourd’hui est de cohabiter intelligemment et pacifiquement nous les humains avec le monde sauvage, si, si, avec un peu de bonne volonté c’est possible, c’est même indispensable.
      Certaines mines, certaines carrières, certaines usines ont un impacte désastreux sur l’environnement. Ce n’est pas nous qui empêchons la création ou le développement de celles-ci mais tout simplement la justice du fait de leurs caractères dangereux et illégaux. Accepter ou simplement tolérer ces projets c’est rendre notre département rapidement inhospitalier, invivable pour nous mais aussi pour le tourisme, poumon économique de la région. C’est aussi contribuer au désastre écologique global qui rend notre survie problématique.
      Vous nous dites bientôt plus d’humains dans le Haut-Couserans, mais oui, vous avez parfaitement raison, si nous ne réagissons pas aujourd’hui comme nous le faisons au CEA.
      Rejoignez-nous !

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