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jeudi 21 mars 2019

Ax-3-Domaines : « tout Schuss » contre l’environnement

La jolie zone humide du vallon de l’Estagnoul sacrifiée sur l’autel du tout ski avec des arguments avancés au bruit du canon à neige.

Au début, existait un vieux télésiège à deux places inauguré en 1979. La couleur de ses sièges en a fait sa réputation : « L’Orange du Savis ».

Lent, sujet à pannes et de faible capacité il a la particularité d’offrir un point de sortie et d’entrée au milieu du parcours avec une gare au fond du vallon de l’Éstagnoul à Campels.

Le remplacer par deux télésièges 4-places mis bout à bout sur le même tracé aurait été parfaitement acceptable.

Mais pourquoi faire simple ?

Le projet, réalisé aujourd’hui, consistait à déplacer les nouveaux télésièges sur un nouveau tracé plus au nord avec une nouvelle piste depuis le pic de Savis à travers la forêt du Carroutch jusqu’au Prat Ferrou, lieu de jonction entre les deux télésièges.
Elle n’est pas bien jolie cette nouvelle piste en saignée à travers une vieille forêt très riche en biodiversité.
Mais ce sera un sujet pour un autre jour.

Las arguments avancés pour justifier cette solution laissent songeur :

Ceux qui ont compris gagnent une boule de neige....de canon. Faites vites, elles fondent rapidement par les temps qui courent !

Ce que nous avons fini par comprendre est qu’il y aurait un problème d’accès au domaine de Campels par mauvais temps, surtout à cause du vent sur le haut de la station (télésiège du Rébenty, de l’Ours et de la Tute) Un bâtiment à l’arrivée du TS du Rébenty au sommet de la Couillade de Llhers est prévu et devrait éliminer ce problème.

Pour s’orienter voir le .pdf ci-contre :

Mais comment se fait-il que le seul point du trajet des deux télésièges qui a été notablement modifié est la gare de jonction au fond du vallon de l’Éstagnoul qui est parfaitement à l’abri du vent. Elle a été déplacée de 725m vers le nord et de plus de 150m plus bas sur l’emplacement de l’ancienne gare de départ du télésiège de Bisornes, abandonné dans les années 1980 à cause du manque de neige.

La gare de départ du TS Bisornes au Saquet a été déplacée vers le nord, mais à la même altitude et sur la même crête. L’arrivée au Pic de Savis se fait, elle, 50m plus haut presque sur le sommet. Pour ce qui est de s’abriter du vent, on peut trouver mieux.
À gauche le pylône d’arrivée de l’ancien télésiège du Savis, bien mieux abrité par les arbres.

Extrait d’un compte-rendu d’une réunion à la DDT du 28 avril 20105 :

À l’époque il n’y avait pas de neige. Pas de problèmes, aujourd’hui on y met des canons !
Même si dans un proche avenir les études de Météofrance prévoient qu’il n’y aura plus de périodes de températures assez basses pour fabriquer et surtout conserver de la neige (même artificielle) au sol.
Par contre pour pouvoir fabriquer de la neige il faut de l’eau, de l’air comprimé et de l’électricité et une grosse tranchée de plus de 1m de profondeur et de 1,2m de largeur pour y enterrer tout ça avec une belle pelleteuse.

La Zone Humide protégée sera-t-elle à l’abri ? Non !

Le vallon de l’Éstagnoul comporte une jolie zone humide protégée au titre de la directive habitat.
Il n’y a pas si longtemps (2015) toute la surface avait été cartographiée en tant que zone humide. Même un expert (autoproclamé ?) qui a mené les études sur le vallon admet qu’il y a 70 % d’habitat humide mélangé en mosaïque avec des habitats moins humides.
Certes les lois ont changé et demandent une délimitation stricte des habitats humides. Ce qui est une aberration juridique, puisque il est admis par les scientifiques qu’une zone humide dépend pour sa fonctionnalité des milieux avoisinants.

Pour ne pas impacter ces zones humides, le maître d’ouvrage, en l’occurrence la mairie d’Ax-les-Thermes, appuyé par la SAVASEM et conseillée par deux bureaux d’étude rémunérés par elle, fait le choix de faire passer la tranchée avec les conduites par le bois sans grande valeur qui longe la zone humide en partie basse. (voir ci-dessous un extrait de la lettre d’engagements du maire)

C’est en tout cas ce qui a été promis à de multiple reprises dans tous les dossiers présentés à l’enquête publique, à toutes les administrations et instances qui avaient à donner un avis ou une autorisation pour ce projet.

Grace à ce subterfuge ce projet a obtenu des avis plutôt favorables de la part des administrations, sauf l’avis défavorable du Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) mais qui ne s’est pas prononcé sur la zone humide dans la mesure où celle-ci ne devait pas être impactée.

Quelques exemples tirés des dossiers d’enquête publique :
Ci dessous la variante B en jaune abandonné et la variante C en mauve retenue par le maître d’ouvrage

« À Campels, une fois qu’on a l’autorisation, on fait ce qu’on veut ! »

Ce n’est pas le seule entourloupe de ce dossier, nous y reviendrons. Mais pour eux ça a marché.

L’arrêté préfectoral publié dans le recueil des actes administratif le 18 août 2017 autorise les travaux.

Le jour même, l’entreprise qui a été choisie pour les travaux (Cazals de Salle sur l’Hers) estime que la variante qui passe par le bois n’est pas réalisable. Pourtant une visite avait eu lieu avec l’entreprise deux mois auparavant. L’écologue, embauché par l’entreprise, décide seul de modifier le tracé.
Deux entreprises d’expertises environnementales (ANA et Scop Sagne/Kairos) qui avaient fait les études pour les dossiers afin d’obtenir l’autorisation, cautionnent ce choix. Ces deux bureaux d’études ont par la suite été choisis par le maître d’ouvrage sur appel d’offre le 13/12/2018 pour le suivi environnemental de la zone humide et des mesures compensatoires entre autre.

Lors d’une visite fortuite sur le terrain en juin 2018 nous découvrons les dégâts sur tout le long de la zone humide (environ 750m) :
Toutes les zones sur les photos où la terre est sombre correspondent à de la zone humide détruite.
Rapidement FNE, le Chabot et le CEA déposent une plainte auprès du Procureur de la République.

Le 1er mars 2019 notre plainte a été classée sans suite au parquet de Foix au motif : infraction insuffisamment caractérisée.

Pourtant Madame la Préfète avait écrit dans sa réponse à notre courrier de recours gracieux :

Nous n’avons visiblement pas la même notion de « légèreté » que madame la Préfète.

Dans un courrier du SERVICE ENVIRONNEMENT RISQUES, Service police de l’eau et milieux aquatiques (SPEMA) de la préfecture est précisé :

Dans un courrier au SPEMA de notre part nous demandons de voir les demandes de validation de changement de mode opératoire. Nous n’avons pas eu de réponse à ce jour.

Une partie de la zone humide qui en a réchappé.

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