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mercredi 5 octobre 2022

La pêche côtière versus la pêche industrielle

Il n’y a pas qu’en Ariège que l’industrie fait des ravages ...

On a reçu ce message de l’association Bloom, qui se bat pour l’écologie et la conservation marine.

Jeudi noir pour l’océan, le climat et la pêche côtière :

Nous avons tout tenté. Nous nous sommes battus jusqu’à la dernière minute. On peut dire que nous avons fait un « sans faute » : la mobilisation citoyenne a été massive. Merci à vous ! Les pêcheurs côtiers se sont unis à nous dans un front sans faille, les parlementaires ont porté le combat à l’Assemblée nationale, au Parlement européen, mais la résolution d’Emmanuel Macron à abandonner l’océan, le climat et même les intérêts économiques français au profit de flottes industrielles voraces et corrompues a été plus forte que tout : l’Union européenne a donc rejeté l’interdiction de la senne démersale.

Hier soir, pendant la négociation de trilogue qui a eu lieu à Bruxelles, la France a soutenu les navires néerlandais qui ravagent nos eaux, qui détruisent à une vitesse inégalée les animaux marins ainsi que les entreprises familiales des marins pêcheurs français, pourtant ancrés sur nos territoires depuis des générations.

C’est une trahison aux intérêts économiques de la nation. C’est une trahison des promesses écologiques faites aux citoyens. C’est une trahison de la jeunesse, de son avenir, de ses espoirs.

Hier était un jeudi noir pour l’océan pour le climat et pour les pêcheurs côtiers.

Les conséquences de la position française seront dramatiques

Lorsque la France a abandonné une première fois ses pêcheurs au profit des Néerlandais en laissant un répit de trois ans à la pêche électrique avant son interdiction finale, on a vu ce que cela avait généré : des faillites en série, la destruction de l’activité économique du port de Dunkerque, la fermeture de sa criée. Aujourd’hui moins de cinq bateaux hantent les quais de Dunkerque : le port est mort.

C’est très éprouvant d’assister à la destruction déterminée des activités que nous devrions au contraire sauvegarder : une pêche artisanale traditionnelle, une pêche côtière de proximité, une pêche familiale qui fait le dynamisme des territoires, qui donne vie au littoral.

Emmanuel Macron a insulté les travailleurs de la mer, il a piétiné l’urgence de préserver le climat et les animaux marins vivants dans l’océan. Il a préféré laisser des monstres technologiques réduire le fond de l’océan en un désert.

Hier, une enquête paraissait dans le journal néerlandais NRC et révélait la fraude systématique des flottes de pêche industrielles néerlandaises. Fraudes massives, corruption, pêche illégale et même trafic de drogue. Voilà le modèle que le gouvernement Macron a soutenu mordicus au Conseil de l’UE hier soir.

Pourquoi ? C’est la question qui est sur toutes les bouches

Pourquoi un Président détruit-il ses propres pêcheurs au profit de fraudeurs industriels étrangers ? Vous nous posez la question. Nous nous la posons aussi.

Nous avons des éléments de réponse mais pas la réponse suprême. La France a toujours soutenu les industriels et abandonné ses pêcheurs artisans, même si ces derniers représentent la majorité de l’emploi, la façon de pêcher la plus compatible avec les exigences de la transition écologique et la principale source de vitalité des ports de pêche.

La trahison vient aussi de l’organe supposé représenter les pêcheurs : le CNPMEM (Comité National des Pêches Maritimes et des Élevages Marins). C’est le bureau du CNPMEM qui arrête les positions nationales, or ce bureau est trusté par des industriels cyniques et méprisants envers les petits métiers et les bateaux de moins de 12 mètres, bien qu’ils constituent 70% de la flotte de pêche française. Les entreprises qui siègent au bureau du CNPMEM sont souvent sous capitaux de consortiums industriels néerlandais ultra puissants (comme Cornelis Vrolijk et Parlevliet & Van der Plas). La finance et ses impératifs de volumes et de rendements ont fondu sur la pêche et transformé le rapport à la nature de tout le secteur pour lui faire « cracher » du profit.

Les pêcheurs artisans, c’est un rapport d’amour à la mer. La pêche industrielle, c’est un rapport obsessionnel à l’argent.

L’économiste John Keynes disait que « l’amour de l’argent en tant que possession – par opposition à l’amour de l’argent comme moyen de profiter vraiment de la vie – sera reconnue pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une passion morbide plutôt répugnante, une propension semi-criminelle et semi-pathologique. »

C’est bien de morbide qu’il s’agit. D’un saccage du vivant à l’heure des alertes scientifiques sur l’effondrement de la biodiversité. Et c’est ce modèle de prédation industrielle qu’Emmanuel Macron soutient avec détermination, avec tout le poids diplomatique de la France, et en totale contradiction avec tous les engagements du Président en matière d’écologie.

La France a sacrifié ses territoires, le climat et la biodiversité sur l’autel des lobbies. Les lobbies industriels sont puissants. Vraiment très puissants. Mais cessons l’aveuglement : les lobbies ont l’influence qu’on accepte de leur laisser. Les pouvoirs publics sont souverains. Ils pourraient résister, remettre les lobbies à leur place. Mais à l’opposé de cette attitude de droiture de la force publique, nous avons assisté avec le cas de la senne démersale à un fait aggravé : le lobbying en faveur des industriels corrompus néerlandais a été fait directement par le gouvernement.

Le secrétaire d’État à la mer, Hervé Berville, a proactivement défendu les industriels de la pêche. Il a pris de son temps pour appeler les députés et les dissuader de soutenir la pêche côtière française, de soutenir la résolution du député Sébastien Jumel, de cosigner la tribune des parlementaires dans Le Monde. C’est inacceptable.

L’entrisme des lobbies s’est transformé en phagocytage de l’appareil d’État, en mutation des autorités publiques au profit des intérêts privés. Les conséquences sont lourdes, graves et durables.

Nous ne comptons donc pas nous en tenir là.

Nous sommes en train d’explorer les suites à donner à ce scandale. Il n’est pas question de laisser des intérêts cyniques masqués dicter des politiques publiques anti-écologiques et antisociales.


Voir en ligne : Association Bloom

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