Comité Ecologique Ariégeois

Association départementale agréée de protection de l'environnement en Ariège

"C’est la beauté de la nature, de la vie, et de l’œuvre de l’Homme dans sa dimension créatrice, qui devra nous inspirer tout au long des voies nouvelles que nous emprunterons." Pierre Rabhi (agriculteur-écrivain-humaniste français)

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mardi 11 juillet 2017

Cet article est le fruit d’une collaboration des associations CEA-Le Chabot

Méthanisation/épandage(2120 ha) dans la basse vallée de l’Ariège.

Que faut-il en attendre ?

Un arrêté préfectoral portant ouverture de la consultation du public sur la demande d’enregistrement présentée par la SAS ARSEME pour la création et l’exploitation d’une unité de méthanisation de matières végétales et d’effluents d’élevage - Commune de Montaut - Lieu-dit "Sous Pégulier", est proposé à la consultation publique du 26 juin au 23 juillet inclus, en mairie de Montaut. Voir lien dans cet article pour répondre à la consultation.
Nous soulignons le manque d’information en amont pour ce dossier et nous regrettons de n’en avoir été averti un peu tard que par des moyens parallèles.

Ce projet est présenté comme un fort engagement vers l’agriculture durable des agriculteurs intensifs de la basse-vallée. Nous constatons qu’il se situe dans une zone vulnérable aux nitrates, qu’il n’est adossé à aucun plan agro-écologique ou plan de réduction des intrants phytosanitaires qui dégradent les points d’eau, les nappes souterraines et les cours d’eau en basse-vallée.
Constatant que ce projet est proposé à 59,9 t/j, juste en-dessous du seuil de l’autorisation de 60 t/j matières traitées pour le méthaniseur (ICPE 2781-1-b) et compte-tenu de l’absence de mesures sérieuses de contrôle des flux de matières vers cette ICPE, nous demandons la réalisation d’une réelle étude d’impact sanitaire et environnementale de ces deux ICPE très importantes.
Considérant que ce projet est situé dans le périmètre d’un monument historique, à proximité d’un site de travail d’une trentaine de personnes, d’une gare, d’un cimetière mémorial et de la cité du Vernet, nous sollicitons la transmission des avis de l’autorité environnementale, de l’architecte des bâtiments de France et des avis du CODERST et de la CDNPS pour finaliser notre analyse globale du projet.

EP méthaniseur - Avis du CEA

Comme le font apparaître quelques points ci-dessous, le projet de méthanisation apparaît lié à plusieurs titres aux carrières / décharges de Saverdun / Montaut : utilisation de déchets du BTP en méthanisation, épandage sur les terrains remblayés des carrières & friches industrielles, remise en cause des projets de réaménagements à forte plus-value touristique chez Denjean Granulats, ….

1- Il est noté que le méthaniseur et son autre ICPE [1] seront installés à toute proximité des carrières ; que le méthaniseur pourrait être alimenté avec tous les déchets de bois du BTP et qu’il conforterait ainsi la poursuite des décharges en eau dans les carrières.

2- Le plan de réaménagement de la carrière / décharge en eau Denjean Granulats est orienté sur un projet de base de loisirs nautiques impliquant baignades et réserves de pêche. L’implantation d’un très important méthaniseur avec ses nuisances (odeurs, insectes divers et mouches, rats,.…) en face de cette zone à serait susceptible de remettre en cause la forte plus-value touristique de ce projet de réaménagement attendu aux portes de Saverdun et qui était la seule raison des rares avis positifs exprimés en phase d’enquête publique de cette carrière et de certaines municipalité alors consultées.

3- Il est perçu que le digestat [2] est très riche en nitrates d’ammonium, un composé similaire à celui des engrais chimiques mais qu’il est pauvre en humus, susceptible de conduire à des améliorations des sols et à des économies d’eau. Nous comprenons que ce projet allégera la facture d’engrais chimiques d’environ 50 % mais le digestat ainsi produit confortera la dégradation des sols et des eaux ariégeois avec des effets identiques à ceux des engrais chimiques. Ce projet apparaît principalement comme une caution abusivement nommée verte à l’intensification d’une agriculture industrielle.

4- Il est perçu que ce projet conforterait à long-terme une agriculture fortement consommatrice d’intrants phytosanitaires. En-dehors des Nitrates, malgré les immenses efforts des agriculteurs pour adapter cette culture au-dessus d’une nappe d’importance régionale, malgré les efforts financiers consentis par l’Etat au travers des MAET, les polluants de synthèse actuellement retrouvés dans la nappe à Saverdun-Pamiers-Montaut et qui contaminent les eaux superficelles sont les suivants (communication récente du BRGM à la demande de nos associations) :
* herbicide de la famille des chloracétamides = acétochlore, alachlore.
* herbicide de la famille des acétanilides = S-métholachlore, métholachlore
* herbicide de la famille des phénylurées = chlortorulon, isoproturon, diuron
* herbicide de la famille des triazines = hexazinone, propazine, sebuthylazine, simazine, terbuthylazine, améthryne (atrazine interdite).
* herbicide de la famille des urées substituées = linuron
* herbicide de la famille des sulfonylurées = flupyrsulfuron, mesosulfuron, iodosulfuron.
* herbicide de la famille des oxadiazolones = oxadiazon
* herbicide de la famille des dinitroanilines = pendiméthaline, trifluraline.
* insecticides de la famille des carbamates = methonuyl, carbofuran
* insecticide de la famille des pyréthrinoïdes = zetacyperméthrine,
* insecticide de la famille des organophosphorés = chlorméphos,
* insecticide chlorés = aldrine.

Ces herbicides et insecticides sont employés en culture du maïs.

Quels sont les efforts affichés dans une démarche cohérente par les porteurs du projet pour limiter la pollution généralisée et multiple de ces phytosanitaires qui se retrouvent parfois dans l’eau potable distribuée en Basse-Vallée et systématiquement dans les puits privés alors qu’ils sont résorbés à travers la peau humaine ?
Nous souhaitons connaître l’avis des porteurs du projet en basse-vallée sur la liste des phytosanitaires qu’ils ont proposée à la préfète pour l’interdiction d’usage et épargner la ressource en eau souterraine dans le cadre de l’arrêté préfectoral « points d’eau et phytosanitaires ».

5- Il est noté que l’épandage du digestat sera envisagé sur les terrains remblayés dans les carrières, actuellement gérés par des porteurs de ce même projet, tendant à augmenter directement les pollutions en nitrates car ces terrains sont considérés comme « karstiques » avec des écoulements privilégiés vers la nappe par les zones riches en bétons, notamment.
Cet épandage serait contraire aux objectifs poursuivis dans les zones vulnérables nitrates et remettrait en cause les efforts financiers pour la reconquête de la potabilité des nappes de l’Occitanie, sur financements européens et régionaux.
Un engagement fort des porteurs du projet est attendu sur l’exclusion des terrains remblayés des carrières et des friches industrielle des communes de la Basse-Vallée pour l’épandage des digestats.


En conclusion, vues les possibles dérives que ce projet industriel autoriserait dans sa démesure, nous souhaitons émettre ce vœu pour l’agriculture de notre région :

Au lieu de développer des productions agricoles labellisées, de conforter l’évolution de la profession vers une agriculture durable, de développer des pôles d’excellence rurale pour financer la modernisation sur crédits européens des installations agricoles ariégeoises, de conquérir de nouveaux marchés, d’améliorer la qualité et la sécurité sanitaire de ses productions, l’Ariège et sa chambre d’agriculture développe un autre volet industriel ne tenant aucun compte des nouveaux marchés porteurs que sont l’agriculture biologique et les développements de nouvelles pratiques agro-écologiques plus respectueuses des sols, des ressources en eau et de la santé.

Nous proposons à la place, que les financements du projet soient utilisés pour cultiver, avec les semeurs spécifiques, le maïs dans des champs de trèfles améliorant naturellement les sols, produisant un ensilage de qualité et sans herbicides. Au lieu d’être méthanisés, il est proposé que les pieds mâles de maïs soient broyés sur place pour amender les sols ; de plus, le lisier mélangé à de la paille ou à de la sciure constitue également un excellent amendement, plus respectueux des sols que le digestat de la méthanisation.

Dernièrement la Chambre d’agriculture s’est même lancée dans un travail de géographie ou de « cartographie des cours d’eau » qui va vers l’appauvrissement des zones humides, la disparition réglementaire d’une partie du chevelu hydrographique ariégeois, pour épandre directement les phytosanitaires ou le digestat dans ces petits ruisseaux qui font les grandes rivières, avec des conséquences dramatiques pour la biodiversité et la qualité des grands cours d’eau alors qu’ils sont utilisés pour la fourniture d’eau potable.

Il y a quand même mieux à faire dans un pays qui est obligé d’importer des produits alimentaires biologiques de l’étranger !!!


Voir en ligne : Consultation publique du projet de Méthaniseur


[1Installation classée pour la protection de l’environnement

[2Le digestat (ou digesta) (à ne pas confondre avec le compost) est un des deux résidus, au même titre que le biogaz, issu du processus de méthanisation (digestion anaérobie) de matières organiques

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