Association départementale agréée de protection de l'environnement en Ariège

"C’est la beauté de la nature, de la vie, et de l’œuvre de l’Homme dans sa dimension créatrice, qui devra nous inspirer tout au long des voies nouvelles que nous emprunterons." Pierre Rabhi (agriculteur-écrivain-humaniste français)

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dimanche 1er juin 2014

L’été où les VAUTOURS sont devenus des RAPACES : la naissance d’un MYTHE

D’un peu partout dans les montagnes du sud de la France, les médias nous ont raconté des histoires à dormir debout de vautours devenus de dangereux carnassiers.
Petit voyage au pays des mensonges qui pourraient rapporter gros.

Le mythe qui a mené à l’éradication des aigles et vautours il y a un demi siècle Le mythe qui a fait disparaitre les aigles et vautours
LA VERITÉ : Le vautour sait attendre !
Horrible certes, mais pas ce qu’on pourrait penser. Allez sur le lien ci-dessous :


http://www.arretsurimages.net/breves/2011-02-22/La-photo-du-vautour-et-de-l-enfant-El-Mundo-id10436

La Mystification en cours : quelques titres de la presse régionale

Entre temps la Dépêche du Midi et Ariège-News, après que nous ayons eu l’occasion de discuter avec eux, s’efforcent à une information plus équilibrée. Nous les en remercions.

St Felix de Rieutort l’été 2013

Image copiées sur Ariège-News montrant un agneau "attaqué par des vautours".

L’éleveur montre du doigt une blessure au cou de l’agneau. En regardant bien on voit qu’il est blessé aussi à la cuisse arrière gauche. Au cou, la blessure est ponctuelle, circulaire, alors que le bec du vautour laisse une trace en "V", triangulaire. JAMAIS un vautour ne commencera son repas de charognard par le cou ou la cuisse. Il commencera par le cul, seule partie de l’animal assez molle pour que son bec puisse déchirer la peau. Il ne peut pas faire autrement, son bec n’est pas fait pour ! Ça fait plus de dix mille ans que les hommes élèvent des animaux et que les vautours s’occupent gratuitement de l’équarrissage des animaux morts. S’ils s’attaquaient à des animaux vivants, je pense que depuis longtemps il n’y aurait plus de vautours.

Tous les bergers professionnels que nous avons contactés avec plus de trente années d’estive en haut Couserans sont catégoriques ; ils n’ont jamais vu une attaque de vautours sur des bêtes vivantes, mêmes moribondes et complètement immobiles.

Lisez le témoignage de Charles Loye, éleveur d’ovins viande et de caprins lait dans les Grand Causses :
http://www.vivreaveclesvautours.com/page/2

Ces blessures qui ont entraîné la mort de ces agneaux sont typiques d’une attaque par des chiens.
De source sûre nous savons que des jeunes chiens en liberté étaient présents sur l’exploitation.
De source sûre nous savons également que l’éleveur en question a désigné comme "aigles" les grands corbeaux qui passaient par là.
D’après "Ariège-News", lors du constat, la voitures des gardes de l’ONCFS avait été endommagée : dans les faits les quatre pneus ont été crevés !

POURQUOI TOUT ÇA ?

L’été passé, en Savoie, Dauphiné, Alpes de Haute Provence et le long des Pyrénées, de l’Aude au Pays Basque, des récits d’horreur d’attaques de vautours sur des vaches, génisses, moutons et même une touriste "blessée" (morte après une chute de 300 mètres) se sont multipliés, complaisamment relayés par la presse locale, un certain syndicat agricole et la fédération des associations de chasseurs de l’Ariège.
Il ne faut pas avoir peur des mots ! C’est de L’INCITATION À LA HAINE ANIMALE !

Tous ces récits se sont révélés faux

La presse, d’accord, a besoin d’attirer les lecteurs pour vendre de la surface publicitaire. Il n’y a pas mieux que le sang qui coule pour attirer le lecteur ; c’est bien connu.
Mais plus grave : partout la FNSEA, syndicat agricole majoritaire et puissant est monté dare-dare au créneau pour demander des indemnisations.
C’est qu’elle est excellente leur idée, un vrai jack-pot !
S’ils obtiennent des indemnisations pour toutes les bêtes mortes, et il y en a beaucoup, après que les vautours aient fait leur boulot d’équarrisseurs, ça fera de jolies sommes, surtout pour les mauvais éleveurs.
C’est qu’en plaine il n’y a pas l’ours pour lui mettre tous les dégâts sur le dos.
(À Pouilh, au dessus de Salau, nous savons de source sûre également que deux gros chiens errants avaient été aperçus avant et après le dérochement de 40 brebis au mois d’août. Aucune preuve de la responsabilité de l’ours n’a pu y être établie et pourtant les éleveurs ont été indemnisés)

La seule chose réellement nouvelle est le fait qu’aujourd’hui les vautours, en tant qu’équarisseurs naturels, gratuits et exclusivement nécrophages, proposent également leurs services en zones de coteaux et en plaine, AU GRAND BÉNÉFICE DES ÉLEVEURS. Mais avec moins de facilités pour eux, car dans les endroits plats leur décollage et les conditions de vol sont plus difficiles. Le vautour fauve est certes un bon planeur mais un mauvais "rameur" et en plus pas très manœuvrant.
Si des observateurs se trouvent sur leur trajectoire d’envol dans des endroits peu pentus et encombré d’arbres ils peuvent avoir l’impression que le vautour leur fonce dessus, ce qui est faux, il fait ce qu’il peut pour s’enfuir. Surtout qu’en ayant le ventre plein, ça ne lui facilite pas la tâche.
Une curée de vautours est certes très impressionnante mais parfaitement normale et naturelle.
J’admets que ceci peut déconcerter quelqu’un qui y assiste pour la première fois.

Selon la littérature il y aurait bien de très rares observations fiables faites APRÈS l’intervention des vautours qui ont fait émerger l’hypothèse d’une consommation ante- mortem, par les vautours, de bovins lors de mises-bas très difficiles avec le veau "culard" mort mais encore coincé en partie dans la vache. L’arrière-train hypertrophié ("culard") du veau bloqué dans la vache comprime des nerfs et paralyse complètement l’arrière-train de la vache qui devient donc parfaitement immobile et insensible pouvant "faire croire" aux vautours à la présence d’un animal mort.

Ce qui suit n’est à l’heure actuelle qu’une hypothèse mais elle expliquerait le fait que ces cas récents se situent essentiellement, voire exclusivement, en zone de coteaux :

  • -Les lourdes races bovines à viande de ce type ne sont pas adaptées à la montagne et ne montent pas en estive.
  • -Les inséminations avec des races peu adaptées à la morphologie de la mère porteuse pourraient aussi être une cause plausible.
  • -De toute façon il est reconnu que ces races sélectionnées pour leur arrière-train hypertrophié ont très souvent des mises-bas très difficiles. Elles demandent donc une surveillance accrue de la part de l’éleveur, ce qui semble parfois faire défaut.

Extrait de la thèse de Lisa Manetti, école vétérinaire de Lyon :
"La pratique de mise-bas non assistée en estive est une pratique à risque quelle que soit la race bovine considérée. En race Blonde d’Aquitaine 21% des vêlages sont classés comme très difficiles (POUQUET, 1982), ce qui la situe entre la race Charolaise (46,5%) et la race Limousine (11,6%)."

Éléments de réponse de la part d’un vétérinaire que nous avons contacté :

« Les éleveurs connaissent parfaitement les risques des veaux culards, cela fait des années qu’ils en produisent : une césarienne est souvent nécessaire sinon c’est l’embryotomie lorsque le veau ne sort pas, c’est à dire qu’on découpe le veau dans la vache... Le risque d’un veau qui bloque est la compression des nerfs pelviens, la vache ne se lève plus , ne sent rien et est condamnée à mort. Les extractions forcées sont aussi à risque avec des bêtes affaiblies et parfois paralysées également. Pour la vascularisation la compression peut être responsable de lésions vasculaires mais l’évolution est plus longue et se traduit par des oedèmes et non la mort de la bête. La LPO connait bien tout cela cf problèmes sur des blondes d’Aquitaine dans le 64 et 65. Les vétos coûtent cher et le "ça passe ou ça casse" est devenu monnaie courante en élevage. Les vautours sont des parfaits bouc-émissaires : si les bêtes sont remboursées ce sera une aubaine pour les éleveurs. Il faut à tout pris éviter d’ouvrir la boîte de Pandore sinon ce sera catastrophique pour les vautours.
Autre problème : l’équarissage qui est très cher et pousse les éleveurs à ne pas faire enlever les bêtes. Parfois aussi ils "oublient" de recouvrir les bêtes mortes avant l’arrivée de l’équarissage ( parfois plus d’une semaine). Ceci explique le comportement jugé par certains "trop familier" des vautours dans les exploitations où ils savent pouvoir trouver ici un avorton, là un cadavre, là une bête subclacante. Apparemment en Ariège les pseudo-cas se déroulent toujours à la même période : aux vêlages des bêtes à viande c’est à dire mai juin... Si un vautour tapait vraiment sur du veau il s’installerait gentiment sur l’exploitation et n’en bougerait pas ce qui, semble-t-il, n’est pas le cas... »

Si vous avez le temps, l’énergie et la volonté de vous informer un peu mieux, deux liens ci dessous vers une thèse à l’école vétérinaire de Lyon de Lisa Manetti très intéressante et "La buvette des alpages", site Belge décoiffant mais très complet.

http://www.pourdespyreneesvivantes.fr/_medias/files/20110215-120235-4924.pdf

http://www.buvettedesalpages.be/vautours.html

Surprenant mais peut-être pas anodin : la concurrence entre équarrisseurs professionnels et vautours :
http://www.buvettedesalpages.be/2014/01/les-equarrisseurs-se-disputent-un-marche-juteux.html


Deux documents sérieux à consulter :

Vademecum du vautour fauve édité par la FRAPNA et la LPO


Vautour Fauve, étho-écologie alimentaire et évolution controversée de
Philippe Choisy


A côté de ces observations sérieuses et scientifiques, il y a les scoops de la presse. On pourrait presque en rire, tellement cet étalage médiatique est grotesque.
Seulement les vautours payent déjà de leur vie cette mystification orchestrée par la FNSEA et relayée par des médias complaisants.


Le résultat est que ces oiseaux sont la cible de gens désinformés et aux pratiques douteuses :
Communiqué de LPO-Hegalaldia :

Scandaleux : un Gypaète barbu adulte tiré dans les Pyrénées-Atlantiques ! ...

"Dimanche 24 novembre 2013, un Gypaète barbu est trouvé dans un fossé par des cheminots le long de la voie ferrée entre Bayonne et Saint-Jean Pied de Port. Ils alertent le centre de soins Hegalaldia, centre départemental de la sauvegarde de la faune sauvage du 64, qui récupère rapidement l’oiseau en hypothermie et très affaibli : 3,6 kilos au lieu de 5 kg. Les radiographies montrent que 6 plombs de chasse sont disséminés dans l’ensemble du corps : ailes, queue et haut du corps !!
Aujourd’hui, Mardi 26 novembre, cet oiseau vient de mourir malgré les soins prodigués.
Agé de 14 ans, cet oiseau adulte nommé Benigno a été marqué en Aragon en 2000 et se reproduisait depuis plusieurs années en Navarre."

Pour un vautour retrouvé, combien sont morts, bourrés de plombs, quelque part dans un fourré, ni vu ni connu.


C-dessous, extrait de : VAUTOURS ET HISTOIRES A DORMIR DEBOUT-

PETIT MANUEL PRATIQUE A L’USAGE DU MILITANT ET DU CITOYEN

Par Roger MATHIEU

- Juillet 2013 -

L’association « Vautours en Baronnies » [1] qui gère officiellement depuis vingt an un service d’équarrissage naturel, après s’être rendue sur place et avoir rencontré l’éleveur, faisait paraître un communiqué de presse daté du 12 juin 2012, intitulé : « Attaque d’un troupeau de brebis à Vesc : les vautours évidemment innocentés ». Ce communiqué, diffusé à tous les maires de la Drôme, repris par toute la presse, comportait une expertise signée par six vétérinaires indépendants, dont cinq d’entre eux spécialistes de la faune sauvage et de la prédation. Tous concluaient à une attaque de chien(s).

Dans les Pyrénées, l’Etat a financé des centaines d’expertises vétérinaires pour des éleveurs qui, sous la pression de certains syndicats, se déclaraient victimes de vautours. Aucune n’a pu prouver que les vautours s’attaquent à des animaux vivants et en pleine possession de leurs moyens.

La seule vérité biologique est que les vautours sont des équarrisseurs naturels. Ils font le travail des services d’équarrissage, à leur place et gratuitement. Quand un cadavre traîne dans la nature, ils descendent pour l’éliminer ; ils l’ont fait durant des centaines de milliers d’années et continueront à le faire quand tous les Hommes auront disparu.

L’autre vérité est politique. La très grande majorité des éleveurs connaissent et apprécient le rôle sanitaire bénéfique joué par les vautours ; ils réclament de pouvoir vivre de leur travail en supprimant, par exemple, les importations massives et à très bas prix de la viande d’agneau de Nouvelle Zélande.
A côté, il existe un lobby rural radical et minoritaire, officine de quelques syndicats et de partis politiques, qui s’active pour rafler le maximum de primes et autres indemnisations. La réforme en cours de la Politique agricole commune (PAC) les inquiète. Le vautour fauve, oiseau imposant, très visible et, « par définition », TOUJOURS présent auprès du bétail mort est une « super affaire » pour travestir la vérité et tenter d’actionner le tiroir caisse des indemnisations. Ce lobby recherche le pouvoir politique ou syndical. Au fond, il se fiche pas mal des « vautours », des importations massives de viande et de l’avenir économique de l’élevage français.

La ficelle est grosse et le public, aujourd’hui en grande difficulté économique et sociale, va finir par se lasser d’avaler sans broncher ces histoires « du grand méchant vautour » inventées pour tenter de continuer, par le biais des indemnisations, à puiser sans vergogne dans des budgets publics en constante diminution…
Un dernier conseil : faites comme moi, consommez local, achetez de l’agneau produit près de chez vous et renoncez définitivement à acheter de la viande importée. C’est le moyen le plus sûr de soutenir les éleveurs locaux… et les vautours.

Roger MATHIEU, à titre personnel.
Membre du Conseil d’administration de « Vautours en Baronnies » et de la LPO Drôme (Ligue pour la protection des oiseaux).


Voir en ligne : Des informations en plus sur un site sympa


[1« Vautours en Baronnies » assure un service d’équarrissage naturel auprès d’une centaine d’éleveurs de la Drôme et des Hautes Alpes et élimine chaque année, grâce au travail des vautours libres, un peu plus de 1200 carcasses d’ovins et de caprins.

Messages

  • Vous avez, évidemment, raison sur le rôle du vautour et l’impérieuse nécessité de préserver toutes les espèces animales. Par contre n’ignorez pas la situation économique de la grande majorité des éleveurs, surtout dans les zones de piémont, qui sont victimes d’une politique agricole qu’ils n’ont pas choisie et qui les pousse à vivre plus de primes diverses que du fruit de leur travail. La plupart d’entre eux ont des retraites indécentes et se débrouillent comme ils peuvent dans la jungle administrative. Opposer les éleveurs en particulier, ou les agriculteurs en général, aux personnes, des naturalistes très enthousiastes souvent, qui défendent la faune sauvage ne sert ni la cause des vautours, ni celle des éleveurs. Les solutions sont certainement plus complexes et à chercher ailleurs. Si notre société, incluant toutes ses composantes, n’est pas capable de vivre avec les vautours, les ours, les loups en montagne, les abeilles partout ou les moustiques sur le littoral, pour ne parler que des espèces les plus emblématiques, elle ne sera certainement pas capable de survivre, tout court. Amitiés

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